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Vérifier la fiabilité des sources : comment faire ?

Dernière mise à jour : 16 mars 2021

Par Yazid Cherradi

« Qui cherche trouve » ? Probablement, mais indubitablement lorsque vous posez une question à votre moteur de recherche préféré ! Le précédent adage illustre bien la grande quantité d’informations disponible sur Internet. A toute question, un nombre incommensurable de réponses est apporté. Il vous suffit d’y rechercher n’importe quel sujet pour avoir des réponses. Vous ne me croyez pas ? Je vous laisse demander à Google « quel est mon âge ? » ou bien « quel est mon prénom ? » ; admirez les millions de résultats qui vont sont proposés. Cependant, gardez en tête que n’importe quelle personne peut créer un site internet, et y diffuser des informations pouvant être correctes ou erronées.


Ah si l'amour m'était révélé par l'imagerie

Souvenez-vous de ces images tendres utilisées pour illustrer des articles présentant l’IRM d’une mère embrassant son enfant. Cela vous dit quelque chose ? Des publications sur internet expliquaient alors que sous l’effet du baiser, les deux cerveaux se synchronisent pour produire l’hormone de l’amour.

Et bien, ceci est ... FAUX.


En effet, Rebecca Saxe, neuroscientifique à l’origine de cette IRM, affirme que sa publication n’entretient aucun rapport avec l’hormone de l’amour. Initialement, elle avait effectué une IRM d’elle portant son enfant. Par la suite, alors qu’elle menait une étude sur la variation de l’activité cérébrale des bébés visualisant un film de visages ou un film de scènes, elle décida de superposer les résultats obtenus sur l’IRM d’elle portant son enfant, ce qui a provoqué la confusion. En d’autres termes, cette image n’avait pas pour but de présenter les résultats de l’étude, mais uniquement de voir si cela donnerait quelque chose de « cool ». Ainsi, beaucoup de fake news comme celle-ci circulent.


Pour se prémunir des fake news, rien de tel qu'un retour aux fondamentaux de la démarche scientifique. C'est un peu notre antidote à nous au Lab pour garder l'esprit éclairé (il y a aussi la méditation mais on en parlera une autre fois ;-) )

Regardons cela de plus près. Vous serez ainsi plus apte à évaluer la fiabilité d’une source internet, et en capacité de reconnaître un article scientifique.


 

Vous le remarquerez, au travers de l’infinité d’articles disponibles sur internet, nombreux sont les auteurs qui crédibilisent leurs arguments en employant des expressions telles que : « selon une étude scientifique… », « une recherche du docteur X a révélé que… », « des scientifiques ont découvert que… ». (Grrr) Lorsque les références bibliographiques sont aussi nébuleusement présentées, il est difficile pour le lecteur de procéder à une vérification. Par conséquent, si des informations erronées venaient à être partagées, certains lecteurs pourraient sans s’en rendre compte les perpétuer en les relayant derechef. Exacerbée, cette procédure pourrait amener à la généralisation de croyances erronées. C’est le cas des neuromythes par exemple qui ont la vie dure. Rappelez-vous, dans un précédent article, nous avions déconstruit le neuromythe selon lequel nous n’utiliserions que 10% de notre cerveau. Pour y parvenir, nous avions fondé notre analyse sur des études dont la légitimité est redevable à la démarche scientifique dont elles usent, et que nous allons vous présenter.


Notez que notre propos ici n’a pas pour vocation de vous exposer exhaustivement la démarche scientifique, mais de vous donner des clés de lecture qui vous serviront dans vos recherches quotidiennes. Avant de démarrer, nous vous invitons à écourter votre lecture pendant quelques instants pour réfléchir à la question suivante : comment procède un scientifique pour choisir un objet d’étude et démarrer une recherche ?


Eurêka ? Il faut plus qu’un simple bain à la manière d’Archimède pour devenir chercheur !


Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, un scientifique ne démarre pas sa recherche ex nihilo en partant d’une fulgurance ; non, l’objectif n’est pas de trouver l’idée du siècle avant les autres en partant de rien. Bien au contraire, le chercheur s’étaye de ce que d’autres chercheurs ont publié avant lui, pour essayer de trouver des problématiques non-résolues ou des sujets peu étudiés.


Par exemple, si pour une raison quelconque (i.e., intérêt personnel, professionnel ou autre) je souhaite savoir si l’humain n’utilise que 10% de son cerveau, je vais consulter les principales recherches ayant déjà été menées auparavant sur ce sujet, pour découvrir qu’il s’agit d’un neuromythe complètement erroné. Mais, si je m’intéresse à l’effet des émotions positives sur la mémorisation, considérant que les articles traitant du sujet soient peu nombreux, après une recherche bibliographique sérieuse, je peux alors estimer qu'il est pertinent de mener une recherche sur ce sujet, en mettant en lien le champ théorique de la mémoire avec celui des émotions positives. Mais là encore, il faut avoir des objectifs de recherche clairement énoncés et pertinents au regard de la littérature.


La science évolue constamment

« Une théorie qui n’est réfutable par aucun évènement […] est dépourvue de caractère scientifique » (Popper, 1963)

En outre, il est important de rappeler que la réfutabilité est un critère essentiel de la scientificité d’une théorie. Par exemple, si je suppose que « tous les canaris sont jaunes », ma théorie est réfutable puisqu’il suffit d’observer un canari orange pour pouvoir l’infirmer. Mais, si mon hypothèse est que « les licornes existent », rien dans les faits ne permet de démontrer le contraire (ni de l’affirmer d’ailleurs). Ainsi, pour pouvoir qualifier une théorie de scientifique, il faut avant tout pouvoir la démentir. Sa validité est donc provisoire, puisqu’elle peut à tout moment sombrer dans la désuétude. Ces rectifications et substitutions témoignent de l’évolution continue de la science. Par conséquent, lors de vos recherches quotidiennes, assurez-vous de la validité des publications que vous consultez. N’oubliez pas qu’il existe peut-être des articles plus récents qui apportent des réponses différentes.


Qu'est-ce qu'une communication scientifique ?

Nous l’avons déjà énoncé précédemment, un article qui commence par « un chercheur de l’université X a dit que… » pose question. Suffit-il qu’une information soit communiquée par un chercheur pour que celle-ci soit valide ? Non, pas automatiquement. En effet, il peut objectivement exposer les résultats de différentes recherches ; mais il peut également se contenter d’exposer son avis subjectif sans avoir impérativement un appui théorique. Considérer qu’une information est fiable juste parce qu’elle est associée à un chercheur, est probablement la procédure à l’origine de la confusion du cas de Rebecca Saxe.


Dans une communication scientifique, les auteurs exposent explicitement la recherche théorique, le raisonnement emprunté pour formuler les hypothèses, la méthode employée (i.e., matériel, participants, procédures), les données brutes récoltées, leur interprétation, et la conclusion qui permet de mettre en lien résultats et littérature scientifique. En bref, les auteurs d’un article scientifique sont complètement transparents quant aux démarches entreprises, ce qui permet aux autres chercheurs, en cas de doute, de pouvoir répliquer la manipulation pour voir si les mêmes résultats seront obtenus. De plus, pour qu’un article puisse être publié dans une revue scientifique reconnue, une relecture par les pairs s’impose. Autrement dit, cela veut dire qu’en amont d'une publication, d’autres chercheurs experts effectuent une évaluation anonyme de l’article, suite à quoi ils peuvent émettre des critiques et demander très précisément des rectifications. De ce fait, un article revu et validé par les pairs est considéré comme étant d’une plus grande fiabilité qu’un autre qui ne l’est pas. Vérifier si votre article a été revu par les pairs peut être une bonne stratégie pour évaluer la pertinence de vos sources.


Développer son esprit critique en prenant de la hauteur !

Pour résumer, au travers du présent article, nous vous avons présenté quelques stratégies et clés à utiliser pour pouvoir évaluer la fiabilité et la pertinence des sources que vous consultez, lors de vos recherches quotidiennes. Nous l’avons déjà expliqué, nous ne prétendons pas à l’exhaustivité ; d’autres stratégies existent mais sont parfois moins accessibles car nécessitant plus de temps (e.g., connaître la rigueur des critères de publications des différentes revues scientifiques ; faire le tour de tout un champ théorique pour être enclin à juger). Mais ce qui est commun à toutes ces procédures, c’est qu’elles vous permettront de vous forger un esprit critique, compétence sine qua non pour l’optimisation de vos recherches quotidiennes. Il n’est pas question de douter pour douter, mais de savoir rester critique même face à des modèles théoriques communément d’usage.


La démarche scientifique est un principe général, mais les méthodes qui en découlent sont nombreuses. Prochainement, dans la section « La vie du Lab » du Mag d'IfisLab, nous vous parlerons de la méthode expérimentale utilisée dans nos recherches.




La team IfisLab

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